Réveil 8 heures. Petit déj dans la chambre, où il y a frigidiaire, micro-ondes et cafetière. Ce pays est le royaume de la tentation. Il est très difficile de résister à la débauche de propositions. Il y a tout à disposition et en grande quantité : sucre, crème, thé, café, papier toilette, essuie-tout, kleenex... Au supermarché, pourtant petit supermarché de petite ville, il est très difficile de faire son choix. Trop de choix tue le choix. Il y a des petits jets d'eau qui arrosent les légumes (hors de prix, comme il se doit), Dannon (si, si) et Yoplait sont omniprésents au rayon produits laitiers. Difficile, voire impossible, de trouver des aliments vendus en petite quantité.

Nous partons au Sud de Moab, en direction d'un autre parc national : Canyonland. Nous empruntons encore une Scenic Byway, c'est-à-dire d'une route panoramique. Le paysage est époustouflant. Nous nous arrêtons sur la première aire de repos, avant même le parc. Les falaises sont lacérées : on voit toutes les couches géologiques. C'est grandiose. Tout est démesuré, y compris le silence. De temps en temps, un véhicule, sinon, rien ! Le cri d'un animal. Le silence absolu. Entre le paysage et le son du silence... tout est mystique. Il fait presque froid. Quelques buissons. Soleil d'hiver. Vue sur deux tables gigantesques, portant le nom de cuirassés célèbres de la Guerre de Sécession : Monitor et Méridac.

21_Sur_la_route_de_Canyonland__Monitor_et_M_ridac

Puis après une longue route désertique sans croiser la moindre voiture, sur un plateau d'altitude, nous arrivons à l'entrée du parc. Nous achetons un galon d'eau (environ 4 litres) car il n'y a pas de points d'eau dans le parc. Il fait froid et extrêmement sec et nous n'arrêtons pas de boire. Nos 3 ou 4 bouteilles se vident rapidement.

Les parcs nationaux américains sont des grands espaces protégés et aménagés. Une route peut les traverser de part en part (comme Capitol Reef par exemple), ou bien seulement y conduire aux différents points remarquable. C'est très bien fait. Le site internet du Service des parcs nationaux est aussi très bien fait, et on y trouve les brochures (en français, s'il vous plaît !)qui sont distribuées au Centre des visiteurs, à l'entrée des parcs. http://www.nps.gov/ ou http://www.nps.gov/cany/ par exemple, pour Canyonland.
On entre dans le parc en présentant son pass annuel (ou bien on acquitte un droit d'entrée. Nous avons préféré prendre le pass car nous avons prévu de visiter un certain nombre de parcs). On nous remet une carte du parc, avec les routes et les balades, des explications et des conseils. Ensuite, il suffit de rouler jusqu'à un parking (des miles et des miles de bitume juste pour le plaisir des yeux au milieu du désert. Civilisation du pétrole), de se garer (en mars, c'était quelque peu... désert et tant mieux !) puis d'aller randonner en suivant les conseils des Rangers (de l'eau, de l'eau et encore de l'eau. Attention aux pumas (montain lion), au soleil, au chaud, au froid...). Les balades proposées sont de niveaux, dénivelés, durées très différents. Il y en a pour tous les publics. Les sentiers sont balisés par des cairns (tas de pierre) et des troncs de genévrier (Juniper tree), arbre de la même famille que ceux que nous avions rencontré dans l'Atlas marocain.
Il ne faut pas sortir des sentiers balisés. Le désert est vivant. Le sol est en effet recouvert par ce qu'on appelle la couche cryptobiotique. C'est une sorte de croûte qui retient l'humidité et les micro-organismes s'y développent. Il faut plusieurs centaines d'années pour qu'elle se constitue. Ensuite, des mousses, des lichens, vont pousser. Puis des yuccas, des buissons, des genevriers...

23_Canyonland_Gen_vrier__Yuccas_et_neige

24_Canyonland__la_couche_cryptobiotique

Quelques photos...
Canyonland, depuis Island in the Sky. On perd le sens de la démesure. Le paysage s'étend à perte de vue. les dénivelés sont gigantesques. Minéral, végétal, et le règne du silence. C'est presque trop facile. On a du mal à réaliser où on se trouve : à l'autre bout du monde, au coeur du désert.

25_Canyonland__depuis_Island_in_the_Sky

Qui a dit que la roche, c'était monotone ?

27_Canyonland_au_sol

Holeman Spring Canyon. Mesa (butte témoin), immense et fine. Belle et tragique au milieu de l'immensité. Immense dans l'immense.

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Green River. Plusieurs étages de plateaux, bordés de falaises à pic et entaillés de canyons. La vue est extrêmement dégagée (merci l'hiver !). Des buttes témoins, tels des navires au milieu d'une immensité de désolation magnifique. Méandres de la Green River, qui rejoint le Colorado, au fond du paysage.

34_Canyonland__Green_River_Overlook

Buck Canyon. Terrible et magnifique. Une couche géologique blanche colore les rochers rouges, forme comme une croûte. La visibilité est extraordinaire. Imaginez les charriots des pionniers au fond...

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Mesa Arch. Arche magnifique, qui ne tient que par un seul côté et donne sur un à-pic vertigineux.

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Végétation luxuriante, traces de mouflons et calme olympien. Lumières de fin d'après-midi hivernal. La neige à l'ombre des genevriers semble violette.

10_Canyonland__Mesa_Arch

Allez... 60 km de route toute droite et au dodo !