Mon chéri m'a abonnée à mon magazine futile préféré : Elle. Moi qui en étais réduite à le feuilleter par vingt numéros de retard lors de sessions rattrapage, grâce à ma Maman qui mettait les siens de côté et me les amenait ! Parfois, je craquais et m'achetais un numéro pour la modique somme de 4 euros 20. C'est la rançon d'habiter de l'autre côté de la Suisse...

Et dans le dernier numéro (du Elle, pas du Elle déco, ne soyons pas fous), dans la rubrique "maison", un magnifique paragraphe psycho qui me réconcile enfin avec mon environnement et mon rapport aux magazines de déco, que je feuillette parfois, avec un mélange de dégoût et de jalousie. Enfin, je n'ai plus honte, en particulier lorsque je suis invitée chez des amies aux logements "parfaits" que mon appartement ne ressemble pas, Dieu merci !, à une page du catalogue Ikea. Je cite :

"Mais pourquoi sommes-nous si sensibles à cette obsession décorative ? Selon le Dr Françoise Millet-Bartoli, psychiatre, la décoration est définitivement liée au culte de l'image : " Il y a à présent un devoir d'apparence, tout comme nous avons une obligation de réussite professionnelle et de bonheur personnel. (...) Quoi qu'il en soit, la maison fait aujourd'hui partie de la carapace, c'est une sorte de deuxième moi". (...) L'aspect extérieur de notre habitat perd nettement de son importance au profit de l'intérieur. Contrairement aux générations précédentes (...). Montrer son chez-soi, c'est se montrer, mettre en scène son unicité (mais il faut que ça ressemble à un magazine !), son individualité, sa spécificité. "Et si ce boom de la décoration n'était finalement que le reflet d'une narcissisation absolue de nos sociétés ?" s'interroge le psychiatre Serge Hefez. Une déco miroir, où nous mirer et nous admirer. Cette obsession va-t-elle durer ? Sans doute. Du moins aussi longtemps qu'elle tiendra chaud à nos modernes solitudes."
"Chez Zara Home, des nouveautés arrivent quotidiennement en magasin, tandis qu'Ikea annonce 3 000 produits inédits par an, qui ne resterons que quelques semaines en rayon. Le but ? Susciter des achats d'impulsion quand les besoins de base sont déjà largement couverts
." Que faites-vous samedi après-midi ?

Danièle Gerkens, Elle n°3272