Et voilà... ! On ouvre un blog en se disant j'y mettrai des recettes, la météo et les photos de balades, et puis on en vient à écrire des messages un peu plus personnels, à s'en servir comme une sorte de journal intime. Or... le propre du journal intime est justement de n'être lu par personne, ou alors seulement dans l'espoir secret d'une quelconque reconnaissance (mais laquelle ? un éditeur va me lire et je serai le nouveau Rimbault ?). C'est tout l'effet pervers de la mise en ligne.

Mon dernier message n'avait rien de personnel, ou plutôt si. Il ne concernait que mon avis, mon ressenti, et ne visait personne (sauf peut-être celle qui un jour m'a dit "j'aime bien aller à Ikea le samedi, je trouve toujours quelque chose à acheter" (sic !) Qu'on aime aller à Ikea, qui plus est le samedi, déjà me dépasse, mais qu'en plus le moteur soit l'achat impulsif, je suis atterrée ; et ce n'est encore que mon avis).¨

Poursuivons la réflexion, en essayant d'argumenter un peu.

En fait, je trouvais amusant de lire cet article qui démontait une certaine tendance actuelle de la déco dans le magazine Elle, dont une partie du lectorat est justement fan de déco, et qui publie aussi le mensuel Elle déco.

Et surtout, je lisais enfin, qui plus est dans un magazine "féminin" dont j'assume complètement la lecture intégrale et assidue, quelque chose qui me confortait sur mon vécu de l'invasion de la tendance déco dans nos vies (et son effet sur nos porte-monnaies et notre estime de soi), et me rassurait sur la tenue de mon intérieur.

Il y a en effet deux sortes de "déco". Tout d'abord, il y a les vrais amoureux de la décoration, généralement d'intérieur, qui ont toujours existés : qu'on pense, au hasard, aux meubles XVIIIème ou aux tables Le Corbusier. Il y a d'ailleurs un livre très intéressant sur le sujet : Design contre design : deux siècles de créations, de Jean-Louis Gaillemain. Ensuite, et c'est ce que je fustige, il y a la "déco tendance", qui est en fait une incitation à l'achat pour l'achat, et qui se traduit par une certaine standardisation des intérieurs.

Pas de coussin Mao ni de poster du Che (écoutez à ce propos le très bon titre de Magyd Cherfi La tête du Che) chez nous (et oui, même la Révolution est devenue un produit !), pas plus que de bougie senteur café, de photophores à gogo et de cloche à gâteau, mais les photos de mon chéri, les souvenirs de voyages sur les fenêtres, le sac à langer à côté des bâtons de rando, le basilic sur l'appui de fenêtre à côté de bouteilles de bière (vides) amenées par des amis... C'est l'endroit où nous vivons, que nous habitons au sens plein du terme, et que j'espère arriver à sauvegarder.

On retrouve la même dichotomie dans la mode (puisque tout ceci est parti de Elle). Bien entendu, la très grande majorité des lectrices ne va pas se fournir chez les grands couturiers dont les créations sont photographiées sur papier glacé. Mais les amoureuses de la mode pourront s'en inspirer pour se constituer une garde-robe qui soit à la fois à la mode et à leur image. Ceci n'a rien à voir avec les avalanches de vêtements bon marché, mal coupés et de mauvaise qualité qui arrivent chaque jour dans les magasins, et qui sont aussi vite achetés que jetés, car ne correspondant pas à un besoin vestimentaire ni à une démarche artistique (car la mode peut aussi être un art), mais à un besoin impulsif créé par une société de consommation à laquelle je ne peux m'identifier.