A Innsbruck aussi la terre a tremblé.

J'ai été réveillée cette nuit vers 4h15 par une sensation très étrange : toute la maison tremblait, le lit également, j'entendais les meubles légers tressauter, quelque chose est tombé. Cela a duré une vingtaine de secondes (trente ? difficile à estimer). Le temps de me demander de quoi il pouvait s'agir (un avion s'est écrasé sur l'aéroport ?), de me dire "mais ça ne s'arrête pas", et de décider s'il fallait sortir en catastrophe avec les filles.

La terre s'est arrêtée de trembler. Les oiseaux ont chanté à nouveau (c'est l'aube chez nous à cette heure), il n'y avait aucun autre bruit : pas de sirènes ni d'alarmes, pas de gens dans les rues. Amélie avait grogné puis s'était rendormie. Alice n'avait pas bronché. Quelques lumières allumées dans les immeubles alentours, la majorité dans la maison de retraite, une fête qui continuait de l'autre côté de la rue.

J'ai allumé l'ordinateur. Rien sur les sites d'informations. Des traces du séisme de 1689 qui avait en grande partie détruit Innsbruck sur les moteurs de recherche. Je suis descendue par les escaliers. Nous habitons une très vieille maison, dont les fondations et les deux premiers étages datent du XIVème siècle. Il y a des fissures, certaines impressionnantes. Toutes ou presques portent une date et des morceaux de papier collés en travers en guise de témoin (décembre 2009 en l'occurrence). La peinture était fissurée sur deux témoins, un témoin était déchiré mais la fissure s'était agrandie de quelques dixième de centimètres et il n'y avait pas de plâtre sur le sol. Pas de quoi appeler les pompiers.

Je suis remontée. Le site du Tiroler Tageszeitung, journal d'information local, mentionnait le fort tremblement de terre survenu en Italie. La section d'études sismiques du ZAMG (Centre d'études météorologiques et de dynamique), en faisait également état. Les deux ont été assez réactifs : quinze à vingt minutes après la première secousse, survenue à l'aube d'un dimanche de week-end prolongé, les sites avaient déjà été mis à jour. J'ai rempli le formulaire du ZAMG, regardé le sismographe de la station Conrad en Basse-Autriche, qui continuait ses oscillations, ai ressenti et vu sur l'écran la réplique (légère ici) de 5 heures et quelques, et tenté sans succès de me rendormir.

Les filles se sont réveillée autour de huit heures. Nous sommes sorties vers 10 heures. Tout semblait normal, à part ma réflexion : "Et pourtant il fait beau". Nous sommes tellement habitués à voir les phénomènes climatiques, à voir la nature, la sentir (odeurs), que nous ne pouvons que difficilement appréhender les phénomènes qui n'entrent pas dans la sphère de la vision mais seulement du ressenti, et nous résumons bien souvent le tout à la météo.

Entendre et voir les oiseaux reprendre leurs activité aurorales (si, selon Littré l'adjectif existe) a suffi à me rassurer, et la matinée à discuter avec une amie (qui tombait des nues) sous un arbre tandis que les filles jouaient, à me rassénerer. Quoi qu'il en soit, c'était assez effrayant. Je n'ose imaginer la panique de cette nuit en Italie ou il y a un an au Japon.